Vracdesouvenirs

 

Pourquoi il faut écrire encore et encore 29 octobre 2017

Classé dans : Non classé — vracdesouvenirs @ 9 h 41 min

Parce qu’il est plus d’un million de poilus

qui ne sont pas revenus !

Et pour les épouses veuves, la galère ! Le martyre !

Leurs garçons à peine trente ans plus tard, elles ont vus partir!

Combien de destinées se sont écrites

alors pour plusieurs générations circonscrites!

Vies gâchées !

Qu’importe ! N’est-ce pas Messieurs les gradés ?

Encore merci Pétain!

On n’est pas prêt de t’oublier, toi et les tiens !

Parce que nous, vrais fils et filles de la République,

nous ne cesserons d’user plumes et stylos

pour laisser d’indélébiles traces publiques

et rendre l’honneur qu’ils méritent, à eux,

ceux que vous tous, les gradés – n’est-ce pas honteux ?-

vous avez tellement méprisés jusqu’à les faire assassiner

par milliers pour mieux les oublier,

et mieux vous faire briller !

Vos propres enfants, avez-vous sacrifiés?

 

 

Félix Vallotton dans la guerre : les barbelés (1914-18)

Classé dans : Non classé — vracdesouvenirs @ 9 h 37 min

 

Corps en barbelés, corps déglingués, barbelés encore,

corps écartelés, barbelés en corps :

en noir et blanc embardée de vie !

 

Membres qui bêlent, culs par-dessus têtes,

laids de barbes et de corps désarticulés, corps transis :

en noir sur blanc, enchevêtrements !

 

Pièges et des mains, des pieux et des poings,

Mains en pieux, pieds, corps piégés :

Noir dans le blanc, définitif !

 

Cibles de pieux fichés en cœur de terre,

doigts-pieux dressés, pieux-poings levés,

pieux plantés, droits : noire confusion !

 

Trait labyrinthique, trait valse désordonnée

d’un Vallotton déchaîné, témoin de l’indicible :

traces noires indélébiles !

 

Le ciel étoilé impassible et muet,

nuit sereine de ciel même pas étonné : 

noir contre le blanc, étrangeté !

 

Entrelacs de fils, Lebels inutiles de pacotille.

Baïonnette suicidaire, xylographie :

Grimace grise de la vie.

 

Félix, tu es revenu, toi, les yeux toujours écarquillés

sur l’horreur si bien orchestrée, main-mémoire,

loin de toute promise lumineuse félicité.

 

 

 

5 octobre 2017 5 octobre 2017

Classé dans : Non classé — vracdesouvenirs @ 23 h 20 min

Un jeudi à Leucate,

Leucate d’automne rigolard,

c’est la Terre à l’envers,

c’est marcher sur le ciel,

c’est nager dans les confetti d’une débandade !

 

C’est sauter à cloche-cœur sur la cime des étourneaux détournés vers l’infini,

c’est crever l’endomètre du temps,

c’est le mur du son qui carillonne,

c’est la Muraille du chineur qui devient sable et eau,

c’est un trou de vers durs et insensés dans un agenda,

c’est une mine de plomb qui trépigne d’impatience,

c’est un curé de campanules qui se défroque et qui gigote,

c’est un sous-préfet aux chants de victoire,

c’est la gloire de Montpensier,

c’est la Chartre gueuse des partouses,

c’est la tête qui se déboulonne.

 

c’est mais c’est bien-sûr,

c’est le soleil

qui dégringole sur l’écheveau de Vénus,

qui s’agrippe à l’écume du jour

c’est le soleil

qui titube et s’esbaudit,

qui éclabousse les neurones,

qui a décroché la lune

pour une partie de balle au bond,

qui défie les heures et même les secondes,

pour mimer l’Éternité.

 

Un jeudi à Leucate un 5 octobre,

c’est tellement mieux

qu’un clair de lune à Maubeuge !

C’est tellement mieux

qu’une joute verbale à Montpellier !

 

 

Réalité 1 octobre 2017

Classé dans : Non classé — vracdesouvenirs @ 18 h 15 min

La complainte de la vieille intello.

 

J’ai aidé des enfants dans leurs travaux d’écoliers.

J’ai aidé des ados paumés au lycée.

J’ai corrigé des brouillons mal ficelés

pour des gamins, par leurs notes, écœurés.

Et j’ai reçu des chocolats aux noisettes ou au café,

des paquets tout faits, bien enveloppés !

 

Non, merci plus de chocolats !

S’il vous plaît plutôt des mandats !

 

J’arrive plus à payer mon foncier,

je peux plus voyager.

Pour ma côtelette, j’ai plus de blé.

Mes impôts ont tous augmenté,

ma pension a été rognée,

c’est à peine si je peux manger !

 

Non, merci plus de chocolats

Plutôt des chèques, des mandats !

 

Y m’faut des tunes, des billets,

du fric de l’oseille, de l’argent frais !

J’peux plus aider, j’peux plus donner !

J’écris, je chante, j’ai plein d’idées,

ma porte à personne n’est fermée

mais y a plus un quidam qui ose sonner !

 

J’reçois même plus de chocolats

et pourtant j’suis toujours chez moi, là !

 

 

Prémonitoire

Classé dans : Non classé — vracdesouvenirs @ 18 h 13 min

Avenir assuré

 

Il faut passer tous les vieux à la moulinette !

Pas les bébés !

Dis Socrate, là-dessus, quelle est ta pensée ?

 

Personne ne l’a jamais dit pourtant ils y ont tous songé.

Mais auparavant, de les bien traire jusqu’à la dernière pièce, ne pas oublier !

Et de les faire cracher

tous leurs avoirs au bassinet.

Ne pas oublier surtout de les vider

comme pigeons prédestinés !

Et puis les tondre ou les plumer

jusqu’à les rendre glabres de la fontanelle à la plante des pieds.

 

Surtout ne rien jeter !

Tout réinjecter dans l’économie de marché.

Et même le tas de viande aux os mêlés

finement hachée

nourrira des milliers d’insectes, de larves, de sauterelles, de vers et d’araignées.

Ce sera la base de notre bol nourricier

richement protéiné !

N’est-ce pas cela l’avenir de la Cité ?

 

Eh Freud ! C’est-y pas vachement sensé comme projet ? Hein ! Mémé ?

Tout ça, c’est tout de même une perspective super chouette !

 Décembre 2013

 Décembre 2013

 

 

Mais pas moi 28 septembre 2017

Classé dans : Non classé — vracdesouvenirs @ 23 h 20 min

Il y eut d’abord toi. On t’appelait Pépère
j’aimais ta moustache sur ma joue et puis
m’asseoir sur tes genoux, sage avant la nuit
Tu m’aimais, je riais. Pas comme avec mon père !
Pourquoi es-tu parti vite sans crier gare ?
ils s’en doutaient les grands, toi aussi mais pas moi !
Septembre roux pleurait et toi t’en avait marre,
t’as pas supporté, coeur d’enclume, trop d’émoi.
Et ce fut toi, papa, t’avais peur du printemps.
Pas drôle le printemps après un hiver rude,
Pas drôles ces femmes te guettant tout le temps !
T’en taisais trop, trop lourd les fils qui se dénudent !
Bile et plus de foi, puis ton pote le curé
entre angélus, vêpres, évangile et promesse
trinque avec ferveur en gage d’amitié
et te laisse mettre en terre sans une messe.
Pourquoi t’as jamais dit ta vie d’avant, ta vie
là-bas ? Et tu sais t’as pas tout raté, pas moi !
Et le rouge fini pour toi, pour moi aussi !
Après l’été tout gris, on a compté les mois.
Anniversaire de septembre, c’est pas drôle !
Elle pleure grand-mère et elle a mal, très mal.
Qu’est-ce qui la ronge, qui joue un sale rôle
En douce près du cœur ? oh long cri infernal !
Noël désespérance et puis le noir des femmes,
La radio qui se tait mais surtout pas moi !
La vie au ralenti pour la Paix à son âme.
Chez la cousine, passer dimanche on m’envoie.
Pour la vie apprendre, seize mois ont suffi.
La mort, la souffrance de l’autre et puis se taire.
Je n’avais pas dix ans, déjà tout était dit.
Droit au bonheur, combat, colère salutaire !

 

 

Sous la voûte de bleu 23 septembre 2017

Classé dans : Non classé — vracdesouvenirs @ 23 h 13 min

Le silence en grand deuil, lourd, livide et glacé
Après l’énorme fracas vrombissant de ferraille,
De flamme et d’acier, débris en pagaille,
En hâte escalada le rocher fracassé.
L’éclair blanc s’éteignit, gloire pour trépasser !
S’ouvrent des noirs récifs, les épaisses entrailles,
Sous la voûte de bleu, tout le vivant tressaille.
Le si blanc maculé dit ce qui s’est passé.
Comprendre pour nommer la bête trop immonde
Qui cogne sans savoir les souffrances du monde
Pour l’honneur d’un défi lancé au genre humain !
Des hommes tout le sel ne noiera pas la peine
Ni la longue douleur des tristes lendemains.
Oh ! Quel crime odieux et pourquoi tant de haine ?

 

 

Soir d’écriture

Classé dans : Non classé — vracdesouvenirs @ 23 h 11 min

J’ai vu un chocolat qui se la coulait douce
à la flamme de sang de la bougie allumée.
J’ai vu l’air ébahi d’une fille enfumée.
J’ai vu le sombre bleu de l’encre sur son pouce.
J’ai vu un oeil briller sur la nappe griffée
comme un flocon fané d’une neige biffée.
J’ai vu le soir couler en nos verres transis
et la page envahir. La peur, tous, a saisis.
J’ai vu noircir le nez de la flammèche rousse,
sur la feuille grandir comme une grise mousse
une foule de troncs, comme des croix, dressés
par une dextre main d’un grand enfant blessé.
Véritable forêt comme celle qui pousse
après les noirs conflits sur la terre trop douce
du nord jadis meurtri. Mon stylo a crié.
J’ai seul, alors, pleuré mais n’ai jamais prié.

 

 

Fin de journée

Classé dans : Non classé — vracdesouvenirs @ 23 h 00 min

Quand je me fais pelote au creux de ton épaule,
Que le jour fut grincheux, les échanges fumeux,
Le travail fastidieux, les propos venimeux,
je ne crains plus les fous ni le froid d’Éole.
De tes bras fatigués, alors j’aime la geôle.
Je ferme les yeux, mon esprit est brumeux,
Des soucis, c’est l’oubli ! Ton souffle qui s’émeut ?,
Doux effluves de paix. Chacun joue bien son rôle.
Pas d’inutile bruit ! Fait bon d’être chez soi.
Les reflux de ton sang, seule, moi, les perçois.
C’est l’heure sans amis, la clarté qui vacille !
De tous abandonnés, on n’attend rien vraiment.
Malgré le poids des ans, on goûte ce moment
qui n’appartient qu’à nous si loin de la famille.

 

 

 

La barque de mes nuits

Classé dans : Non classé — vracdesouvenirs @ 22 h 58 min

Minuit sonne et j’embarque en pleine confiance
Sur mon fidèle esquif au repos chaque jour
Mais qui s’agace trop de docile impatience
Quand des soleils sauvages contrarient son parcours.
L’onde des flots noirs me vogue loin de la grève
D’abyssales amours aux fougueux tourbillons,
Franchissant sans émoi la frontière des rêves,
Pour ces lieux inconnus des fangeux trublions.
C’est la douce errance peuplée de fleurs amères
De lunes en miroirs, de soupirs éphémères,
Qui sans doute promet de bien meilleurs amis.
Une voix alors dit qu’au-dessus de la voile
Se tend mon fier destin, bonheur enfin permis
À la clarté de mon inaccessible étoile.

 

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